La scène se répète à chaque audit. Un restaurateur m'envoie le lien de sa fiche, fier de ses 47 photos de plats. Je clique sur sa page « Menu », j'ouvre le code source, et je tombe sur une succession de alt="IMG_2847.jpg". Quarante-sept fois. Il a passé un dimanche entier à photographier ses risottos sous tous les angles, et Google ne sait pas qu'il existe à Lyon, dans le 6e, à deux rues du parc de la Tête d'Or. Dommage, parce que c'est précisément là que se joue la bataille.
Optimiser la balise alt pour le SEO local, ce n'est pas traduire fidèlement la photo pour les lecteurs d'écran (ça, c'est la base, et je reviendrai dessus). C'est injecter dans votre code des signaux géographiques que Google recoupe ensuite avec votre fiche d'établissement, vos pages ville et vos mentions légales. Un détail que 90 % des sites de commerces locaux ignorent encore.
Points clés à retenir
- La balise alt transmet trois choses : une description, un contexte, et — pour le local — une ancre géographique.
- Balancer « plombier Lyon » sur toutes vos images vous fait plus de mal que de bien. Google appelle ça du keyword stuffing, et il le détecte.
- Le vrai levier, c'est la cohérence : alt + nom d'établissement + NAP + page ville. Un signal isolé ne vaut rien.
- Les images décoratives (fonds, séparateurs, icônes) doivent avoir un alt vide, pas un alt rempli de mots-clés.
- Sur un site multi-villes, chaque alt doit mentionner la bonne ville — pas la vôtre.
- Un alt bien rédigé sert d'abord un utilisateur malvoyant ou une connexion qui rame. Le bonus SEO vient après.
Pourquoi votre balise alt est devenue un signal local (et pourquoi personne n'en parle)
Reprenons le mécanisme, parce que sans ça on bricole dans le vide. Google ne « voit » pas vos images : il lit ce que vous écrivez autour. Le nom de fichier, le texte d'ancrage si l'image est cliquable, le contenu textuel de la page, et l'attribut alt. Ce dernier est le seul endroit où vous pouvez écrire une phrase complète en langage naturel associée à un visuel.
Pour une requête locale du type « coiffeur Barbès » ou « garage près de la gare de Nantes », le moteur doit comprendre qu'une entité (votre commerce) entretient un lien avec un lieu. Il croise plusieurs sources : votre fiche d'établissement, les annuaires où vous êtes référencé, l'adresse de vos mentions légales, vos pages dédiées par quartier. Vos attributs alt font partie de ce faisceau. Pas un signal décisif à lui seul. Un signal corroborant, oui — et un signal qui devient vraiment puissant quand il est cohérent avec le reste.
Ce que la balise alt dit vraiment à Google
Trois couches, dans l'ordre d'importance :
- Une description de ce que contient l'image (accessibilité, lecteurs vocaux, chargement lent).
- Un indice sémantique sur le sujet de la page.
- Un repère géographique, si — et seulement si — vous le formulez naturellement.
La plupart des articles sur le sujet s'arrêtent à la couche 1 et survolent la 3. C'est là qu'est le gisement.
Erreur classique : croire que l'alt est un mini-JSON-LD
Franchement, j'ai fait cette erreur. Sur un de mes premiers projets, un site de locations saisonnières en Bretagne, je m'étais dit : « Si je case le nom de chaque commune dans chaque alt, ça va cartonner. » Résultat des courses : sur une page proposant des logements à Quiberon et Carnac, j'avais écrit des alt mentionnant les deux villes indistinctement. Google s'est retrouvé avec des signaux contradictoires. Le repositionnement géographique du site a stagné pendant près de deux mois.
Quand j'ai remis de l'ordre — un alt = une commune = la commune de la page — les choses se sont débloquées. Pas spectaculairement, mais de façon nette sur les requêtes « location [commune] » au long cours.
La méthode pour rédiger un alt local sans tomber dans le spam
Première chose : rangez votre réflexe de lister tous les mots-clés. Un alt, c'est une phrase que vous diriez à quelqu'un au téléphone pour décrire la photo. « Un charpentier en train de poser une panne faîtière sur un toit à Angoulême. » Voilà. C'est tout.
La formule que j'utilise
Pas de recette magique, mais un squelette qui marche :
[sujet concret] + [action ou contexte] + [lieu, si pertinent] + [précision utile]
Exemple pour un artisan électricien à Bordeaux :
- Bon : « Électricien installant un tableau électrique dans un appartement rue Sainte-Catherine, Bordeaux. »
- Mauvais : « électricien Bordeaux pas cher intervention rapide dépannage 24h électricité Bordeaux Gironde. »
- Décoratif : alt vide — la photo d'ambiance du hall n'apporte rien, ne dites rien.
Vous voyez la différence ? Le premier se lit. Le second sent la sueur du référenceur.
Faut-il vraiment caser le nom de ville ?
Parfois oui, parfois non. Ma règle : si l'image a un lien réel avec un lieu (devanture, chantier, quartier, monument en arrière-plan), mentionnez-le. Si c'est un portrait studio d'un fondateur pris sur fond blanc, forcer « à Lille » dans l'alt sonne faux et n'apporte rien.
Repère pratique : sur une page « Services à [ville] », vous pouvez légitimement localiser la majorité des images. Sur une page « À propos », beaucoup moins. Visez la justesse, pas la densité.
Rechercher ses mots-clés locaux pour l'alt
Je ne vais pas vous vendre un outil. Le plus simple que je connaisse : prenez votre Search Console, filtrez par pays, puis par requête, et regardez ce que les gens tapent réellement avec le nom de votre ville. Les formulations « [service] près de [repère] » ou « [service] [quartier] » ressortent souvent alors qu'on ne les avait pas anticipées. Ces formulations — si elles correspondent vraiment à une image — deviennent d'excellents candidats d'alt.
Deuxième source, sous-estimée : les questions posées au comptoir. Si trois clients vous demandent si vous intervenez à [commune limitrophe], c'est probablement écrit quelque part dans la nature, et ça mérite d'atterrir dans une alt et une page dédiée.
Alt bien calé vs alt saboté : le comparatif visuel
Rien ne vaut un tableau pour fixer les idées. Voici, pour un même type de commerce, ce qu'on trouve en audit et ce qui fonctionne.
| Contexte de l'image | Alt qui plombe | Alt qui aide |
|---|---|---|
| Devanture du commerce | « magasin » | « Devanture de la boulangerie Martin, place du Capitole, Toulouse » |
| Équipe en intervention | « équipe plomberie Lyon » | « Deux plombiers réparant une fuite sous un évier à Villeurbanne » |
| Photo de produit seule | « acheter robe pas cher Marseille » | « Robe en lin écrue portée dans les calanques, près de Marseille » |
| Image décorative de fond | « décoration intérieure » | « » (alt vide) |
| Bouton cliquable « Prendre rendez-vous » | « bouton » | « Prendre rendez-vous en ligne avec le cabinet dentaire de Reims » |
Le point commun de la colonne de droite : on peut la lire à voix haute sans avoir honte. C'est le seul test qui compte à la fin.
La cohérence avec vos autres signaux locaux
Une balise alt seule ne fait rien. Ce qui fait bouger les choses, c'est quand tous vos signaux pointent dans la même direction. Vous avez déjà tout sous la main, il suffit de les aligner.
Le trio alt / page ville / NAP
Le NAP — nom, adresse, téléphone — c'est la base. Votre fiche d'établissement, vos annuaires, votre pied de page : le nom exact de votre commerce doit être identique partout. Vos attributs alt s'y greffent.
Prenons un cabinet d'avocats avec deux bureaux, un à Rennes et un à Saint-Malo. Sur la page « Droit des affaires – Saint-Malo », les alt des images d'illustration doivent mentionner Saint-Malo, pas Rennes. Sur la page « Droit des affaires – Rennes », l'inverse. Si vous intervertissez, vous brouillez la lecture. Je l'ai vu faire sur un site de clinique vétérinaire à trois sites : le site se positionnait correctement sur une ville et pas du tout sur les deux autres, juste à cause de ce mélange.
Vérifier les alt sur un site multi-villes
Une vérification que je fais systématiquement :
- Ouvrir chaque page ville et lire les alt à voix haute.
- Vérifier qu'aucune ville étrangère à la page ne s'y est glissée.
- Confirmer que le nom d'établissement utilisé est le même que sur la fiche d'établissement.
- Repérer les images répétées entre pages — un logo n'a pas besoin d'alt sur chaque page, un alt vide suffit souvent pour la deuxième occurrence.
Ce contrôle prend une heure sur un site de dix pages. Il a réglé plus de problèmes qu'à peu près tous les plugins SEO que j'ai installés.
Et l'accessibilité, dans tout ça ?
Il faut le dire clairement : si vous n'écrivez vos alt que pour Google, vous allez écrire de mauvais alt. Les directives d'accessibilité et la réglementation européenne pèsent dans la balance, et elles sont alignées avec la bonne pratique SEO. Un lecteur d'écran qui annonce « électricien Bordeaux pas cher » dans un flux de navigation, c'est un utilisateur qui décroche. Rédigez pour la personne, et le robot suivra. Pas l'inverse.
Mise en œuvre concrète sur les CMS du quotidien
Rien de sorcier, mais quelques pièges récurrents selon l'outil.
Sur WordPress
Le champ alt apparaît dans la médiathèque, sur la fiche de chaque image. Attention : la légende et la description sont deux autres champs — c'est le champ « Texte alternatif » qu'on cible. Si vous utilisez Gutenberg, il est accessible directement sur le bloc Image. Vérifiez après publication en affichant le code source, parce qu'un plugin de lazy-load peut parfois écraser l'attribut.
Sur Shopify et Wix
Sur Shopify, le champ s'appelle « Texte alternatif » et se trouve dans l'édition du média. Sur Wix, c'est dans les paramètres de l'image. Dans les deux cas, prévoyez du temps : il n'y a pas de traitement magique à faire en masse sans perdre en qualité. Un import CSV mal cadré sur Shopify peut d'ailleurs réinitialiser des alt déjà rédigés — sauvegardez avant.
Cas particuliers
- Image cliquable : l'alt doit décrire l'action, pas l'image. « Voir nos réalisations à Nantes », pas « photo de chantier ».
- Image de fond CSS : pas d'alt du tout, elle n'en a pas. Traitez la question par le contenu texte.
- Graphique ou infographie : décrivez ce qui est lu. « Répartition des interventions par quartier à Strasbourg » vaut mieux que « graphique ».
Comment savoir si ça paie
Ne vous attendez pas à un bond de la nuit. Le SEO local est lent, et la balise alt n'est qu'un des leviers. Ce que j'observe chez les sites qui font cet effort sérieusement, c'est un effet cumulatif sur plusieurs mois : plus de visibilité sur les requêtes « [service] + [quartier] », un meilleur taux de clic quand une image remonte dans les résultats d'images, et surtout une meilleure compréhension de votre périmètre géographique par Google.
Mon suivi :
- Filtrer la Search Console par pays et par région pour voir émerger les requêtes locales.
- Regarder l'onglet Performances → Images, isoler les requêtes avec un nom de ville.
- Comparer avant/après sur une même page, à trois mois d'intervalle.
- Ne pas toucher à d'autres variables en même temps — sinon vous ne saurez jamais ce qui a marché.
Et là, surprise : c'est souvent une seule page, celle sur laquelle vous avez vraiment pris le temps de rédiger, qui tire tout le reste. Le levier n'est pas d'écrire partout. C'est d'écrire juste, quelque part.
Ce restaurateur lyonnais dont je parlais au début ? On a repris ses alt un par un, sur les pages « Menu » et « Réservation ». Rien de plus. Il m'a envoyé un texto trois mois plus tard : plus de visites sur sa fiche, plus de réservations en ligne. Il n'a jamais su si c'était l'alt ou autre chose. Moi non plus, honnêtement. Mais je continue à le faire, sur chaque projet, parce que c'est un petit geste qui coûte une heure et qui ne peut pas nuire. À l'inverse, un alt bâclé est un signe qu'on envoie aux robots comme aux humains : « ici, on n'a pas pris soin du détail. » À vous de choisir lequel des deux vous voulez transmettre.